L'Alchimie

l'alchimiste s'intéresse à la transmutation de l'âme, c'est-à-dire à l'éveil spirituel. La finalité étant la spiritualisation de la matière et la matérialisation de l'esprit.

Origines

Les toutes premières traces de l'alchimie sont probablement sumériennes. La langue des sumériens étant la plus ancienne connue, il est pratiquement impossible de trouver des traces autres, écrites dans des périodes plus anciennes, néanmoins, il est presque certain que l'embryon alchimique démarre avec les plus anciens forgerons, c'est à dire avec la découverte des minerais.
Etant donné les caractéristiques fortement spiritualisées de la pensée en ces lointaines époques (animisme et chamanisme), il est probable que les opérations profanes sur les métaux ont engendré des mécanismes spirituels correspondant. On trouve donc dès l'origine l'aspect matériel (laboratoire) et l'aspect spirituel (oratoire) de ce culte à mystère.

Les Chaldéens ont associés les procédés métallurgiques à l'Astrologie pour déterminer les dates des opérations alchimiques. Ainsi, les astres et la Nature étaient étroitement associés au travail des métaux dans l'antiquité.

Au début de notre ère, on retrouve plusieurs philosophes arabes tels Geber, Rhazes ou Artéphius. Geber, Abu Musa Djabir al Sufi émet au VIIIéme la théorie selon laquelle les métaux sont composés de deux éléments de base : le Soufre et le Mercure (des Philosophes). Il suffirait de faire varier les proportions pour changer la nature même du métal. Par cette action, on peut soigner les métaux "malades", imparfaits et par transmutation créer de l'or. Pour Geber, le Magistère est le moyen d'atteindre la Sagesse Divine.

En Chine, l'Alchimie est influencée par le Taoisme, ainsi, les métaux et les minéraux sont classés en Yin (féminin, négatif) et en Yang (masculin, positif). Selon la tradition, les Chinois pratiquaient l'Alchimie vers 4500 avant J.C.

Dans l'Antiquité, on trouve également des traces de l'Alchimie. Stephanus d'Alexdrandrie qui enseigna sous le règne d'Héraclius et fut le contemporain de Platon et d'Aristote, rédigea un traité Les neufs Leçons d'Alchimie dans lesquelles il développe certaines théories alchimiques que l'on retrouvera au Moyen Age et à la Renaissance. Ainsi, dans la troisième leçon on peut lire "L'œuvre chimique est l'image du monde, elle amène à l'Unité les corps métalliques transformés, en opposant leur nature" et dans sa cinquième leçon il dévoile la théorie des Quatre Eléments commune à Platon et à Aristote. On peut y trouver également la conception alchimique du Soufre et du Mercure.

Esprit et Matière

L'alchimiste est supposé chercher le secret de la fabrication de la pierre philosophale, ou "grand œuvre", censée être capable de transmuter les métaux vils en or, ou en argent. Mais derrière des textes hermétiques constitués de symboles cachant leur sens au profane, l'alchimiste s'intéresse plutôt à la transmutation de l'âme, c'est-à-dire à l'éveil spirituel.
L'Alchimie n'a jamais eu l'intention de se qualifier de religieuse, mais elle est à l'origine de tout parcours initiatique au sens ésotérique du terme.
Le travail du forgeron correspond au terme "transformation", et le travail du métallurgiste fondeur a institué l'idée de "transmutation". La transformation correspond à l'initiation, et la transmutation à l'accès à l'ultime mystère, c'est à dire au Un de toutes choses, qualifié de Divin par les religions.
L'alchimie est ce que l'on appelle une discipline ésotérique, elle est basée sur une pratique de la spiritualité, les religions sont aussi des spiritualités. Il n'est pas indispensable de pratiquer une religion, un culte à mystère ou une forme d'ésotérisme pour développer cette composante de notre psychisme, nous disposons tous d'un germe spirituel en nous. Nos déterminismes propres et le contenu de notre existence terrestre seront les catalyseurs de cette faculté évolutive, que l'on parcourt par un chemin initiatique, soutenu par une tradition ou en totale solitude.
L'alchimie est une science authentique avec ses travaux en laboratoire. A bien des égards, elle pourrait être considérée comme l'ancêtre de la chimie. C'est aussi un art sacré, une philosophie qui repose sur un lien unissant l'homme à l'univers, à la nature et à ses forces… l'alchimiste travaille en osmose avec la nature, il prétend percer une partie de ses mystères en exploitant ses puissances et ses vertus.

En purifiant la matière, l'alchimiste essaie de se purifier lui-même. Sa base théorique est la théorie des éléments, et applique sa recherche dans la transmutation des métaux (au nombre de 7), dans le but d'arriver à l'or. L'or étant considéré comme ce diamant brut au centre de nous même, notre être véritable.
Pour ce faire, il nécessite un accessoire : la pierre philosophale ou poudre de projection (en chimie moderne, on nommerait cela un catalyseur...)
Cette recherche de la perfection s'est donc accompagnée d'un nombre impressionnant de manipulations et de la mise au point (ou amélioration) d'un grand nombre de procédés (fusion, alliages, techniques de séparations et de purification : distillation, sublimation, filtration, dissolution, ...)

La matière chez les alchimistes
La base de cette philosophie est la théorie des quatre éléments de Platon (428 - 348 av. J.C.).
Très vite, ils se rendent compte de la nécessité de compléter ce modèle par l'introduction de la quintessence (la 5ème Essence ou le cinquième élément).
Les qualités d'Aristote (384 - 322 av. J.C.) se voient adjoindre la théorie des Principes au XIV - XVe siècle.
• Soufre
• Mercure
• Sel
Définition de Principe : "Concepts qui précisent les propriétés antagonistes de la matière que l'on peut transformer avec un dualisme sexuel assez primitif".
Tandis que le soufre et le mercure viennent de l'alchimie arabe, c'est Paracelse (1493 - 1541) qui ajoute le sel comme troisième principe.
• Le Soufre principe est : ce qui est actif, chaud, dur : le masculin.
• Le Mercure principe est : ce qui est passif, froid, malléable, volatile : le féminin.
• Le Sel : Ce qui permet dans un corps d'unir le soufre et le mercure, et d'assurer la cohésion du résultat.
Il a existé une relation Astrologie / Alchimie très importante. La tradition reconnait 7 planètes et 7 métaux (Au, Cu, Fe, Sn, Ag, Hg, Pb). D'où pour une liaison évidente (le Saturnisme est une maladie due au plomb...)

L'alchimie s'est aussi développée en médecine parallèle par la Spagyrie, un travail de base sur la quintessence des plantes et d'élixirs métalliques. Les célèbres et historiques alchimistes, Basile Valentin au XVe siècle et Paracelse au siècle suivant pratiquaient cette médecine naturelle. Ils auraient ainsi très largement contribué en leur temps à enrayer de nombreux fléaux tels la peste.
La Spagyrie pourrait être considérée comme l'ancêtre de l'homéopathie.

La pratique Alchimique

Propos de D.Labouré (http://www.spiritualite-occidentale.com)

L'alchimie expose les procédés de transformation applicable aux trois règnes: minéral, végétal, animal (dont l'homme est le point le plus avancé dans la nature).

L'alchimie recourt à une matière première (une plante pour le travail sur le végétal, un minéral pour le travail sur le règne minéral, l'être humain pour le monde animal). Ainsi, on parle de "voie du cinabre", "voie du mercure," "voie de l'antimoine", selon le matériau choisi.

Cette plante, ce minéral, cet être humain sont une "semence", c'est-à-dire une combinaison de trois principes nommés Soufre, Sel et Mercure.

Le Soufre est la matrice structurante, analogue à la lumière solaire. Le Mercure est la matière vierge analogue à la lumière lunaire et fécondée par le Soufre. Le Sel est le matériau fixe qui résulte de la jonction des deux. Cette semence poursuit tranquillement son évolution au rythme des lois naturelles.

Mais ce minéral, ce végétal ou cet être humain ont une histoire, un passé, une lignée ancestrale. Du coup, ils se sont chargés d'éléments hétérogènes fluides (le Phlegme) ou solides (la Tête Morte dont les résidus bitumineux sont une bonne image). Ces éléments hétérogènes entravent ou étouffent cette évolution naturelle.

La pratique alchimique consiste à séparer ces principes par des opérations concrètes. Puis à les purifier des éléments hétérogènes pour enfin les rassembler (SOLVE ET COAGULA). Une fois cela obtenu, la semence reprend son processus de maturation. C'est ainsi qu'on passe de la semence à la quintessence), du "plomb à l'or", de l'homme ténébreux à l'homme lumineux. Toujours est-il qu'en matière végétale, la substance obtenue possède des vertus curatives centuplées. Lorsque ces "recettes" sont utilisées à des fins médicales, on parle plutôt de spagyrie. L'alchimiste est donc un coopérateur de la Nature.

La différence avec la chimie est de trois types.

  • En premier lieu, les opérations de l'alchimiste sont toujours des opérations faites par la Nature (par exemple la distillation est analogue au cycle de l'eau) et il ne cherche pas à fabriquer des synthèses chimiques qui n'existent pas dans la Nature. Il se sert beaucoup des forces planétaires.
  • En second lieu, l'alchimiste s'implique dans son opération. Elle ne réussit que s'il se trouve dans un état particulier, et en parfaite harmonie avec sa matière. Ce qui implique un travail sur soi.
  • En troisième lieu, l'opération ne réussit que si le feu céleste intervient. On retrouve ici la mystique de la lumière dans le monde perse ou le Souffle Sacré (Saint Esprit) dans le monde juédo-chrétien. L'intervention de ce feu céleste s'obtient par le travail dans l'oratoire (ORA ET LABORA). Ces deux dernières remarques (implication et oraison) font que l'alchimiste mûrit parallèlement à la matière avec laquelle il travaille. Lorsqu'il réussit, il sait qu'il ne s'est pas raconté d'histoire sur son évolution personnelle. Sa matière témoigne du changement qui s'est opéré en lui.

Mais on a depuis quelques siècles assisté à deux déviations. La première consiste à penser que l'alchimie est une allégorie décrivant exclusivement des processus psychologiques intérieurs (Jung). On a perdu l'incarnation dans la matière. On a perdu le laboratoire. On voit ainsi des livres "d'alchimie spirituelle" dont la bibliographie ne comporte aucun titre d'alchimie! L'autre déviation, symétrique, consiste à penser que l'alchimie est une collection de recettes de laboratoire secrètes qu'il suffit de connaître pour les réaliser. D'où un culte du secret (l'échec conduit à penser à une opération secrète et on échange en grand mystère des trucs et des tuyaux) et une démonstration de virilité par des hommes qui rivalisent pour avoir le laboratoire le plus sophistiqué possible, ce dont les Anciens ne se sont jamais soucié.

Bibliographie

Le matin des Achimistes. Jean-Luc Caradeau
Qu'est ce que l'Alchimie ?. André Savoret
Transmutations Alchimiques. Bernard Husson
Traité de la voie sèche. Grégoire Brissé

Commentaires :

  • Jean-Luc Caradeau nous présente un historique complet de cette pratique au cours des âges et dans différentes cultures. Une explication d'abord technique puis s'ouvrant peu a peu sur la dimension spirituelle de la discipline. Un bon ouvrage d'introduction sur un art ou une science toujours très peu connue.
  • Qu'est ce que l'Alchimie ? de André Savoret est un petit trésor. Tout en poésie et inspiration nous touchons du doigt grâce à son auteur au sens véritable de cet art.
  • Transmutations Alchimiques de Bernard Husson reste un ouvrage important pour aborder le sujet. Tout en sachant passer au delà de certaines considérations s'adressant plus particulièrement aux initiés.
  • Dans son ouvrage, Grégoire Brissé nous présente d'abord la théorie et les principes fondamentaux. Une explication pratique sous forme de roman nous permet ensuite d'en comprendre son implication.